
Aucuns rapports, je sais !
Pourtant quelque chose en moi a besoin d'un écho de toi, d'une réponse, d'une réaction. Tu as remonté le pont-levis, tu as fermé la porte blindée, tu as baissé les stores. Je suis là sur le palier de notre amour, et le code à changé. Il fait froid sur ce palier. Il pleut. Il fait froid et je réfléchis.
Je pense à ton silence. A ton égoïsme, à ta lâcheté. C'est si facile, le silence. C'est si pratique. On allume le silence comme on ouvre un robinet. On ne donne plus de nouvelles. On fait le mort.
Décrire, expliquer, justifier, décortiquer, la relation qui est – qui a été – la nôtre m'est impossible. Je serais bien incapable de t'expliquer pour quelles raisons nous nous sommes livrés à ces étreintes hâtives, à ces rendez-vous furtifs, si excitants, si particuliers. Je pourrais te dire que nous recherchions tous les deux la même chose, au même moment. Une histoire simple qui ne mettrait pas en péril nos univers bien distincts. Une pincée de coke dans une sage routine. Soit.
Je te faisais confiance parce que je t'aimais, tout bêtement. Je me disais que nous vivions une histoire hors du temps. Hors moment. Une histoire pas comme les autres. Je me disais que notre amour était teinté d'amitié. Que le jour où il n'y aurait plus d'amour, subsisterait toujours cette amitié. Maintenant, il n'y a ni amour ni amitié. Un désert. Le froid. La pluie.
Au fil de cette drôle d'histoire, qui n'a eu ni début, ni milieu, ni fin, il y a un élément dont nous n'avions pas tenu compte. Quoi, tu donnes déjà ta langue au chat ? Eh bien, justement, notre amitié. Celle qui fait qu'entendre ta voix me fait toujours plaisir, qu'être avec toi reste un moment unique.
Aujourd'hui, c'est elle, c'est notre amitié qui me manque. Pas nos corps-à-corps, si merveilleux qu'ils aient pu être. ( Et ils l'étaient, tu le sais.) Elle me manque, parce que j'y croyais. Parce que tu m'as toujours considérée davantage comme ton 'amie' que ta 'maîtresse'. Parce que je savais qu'un jour, en douceur, naturellement, nous allions cesser d'être des amants-amis pour devenir de vrais amis.
Je pensais qu'il y avait entre nous un lien qui défiait le temps. Je nous voyais, dans 10 ans, dans 20 ans, déjeuner ensemble une ou deux fois pas an. Je me suis trompée. Le silence que tu m'inflige me relègue au rang de tes 'coups', de ces aventures que tu préfères oublier. C'est ça qui me fait de la peine. De le retrouver dans cette catégorie-là. J'ai eu la naïveté – ou la prétention ? – de croire que mon esprit te retenait davantage que mon corps.
Tu ne m'appelles plus parce que tu n'as plus envie de me baiser ? J'encaisse. Pas facile, mais j'ai les épaules larges. Tu ne m'appelles plus parce que tu n'as plus rien à me dire ? Aïe ! Bien plus dur à digérer. On m'a souvent dit que l'amitié entre un homme et une femme était impossible. Je ne voulais pas y croire. Force est d'avouer que j'avais tort.
Tu as gardé tout ce que je t'ai offert. Ma jeunesse, ma fraîcheur, ma fougue.
Aujourd'hui, j'ai compris une chose. Toutes ces particules de moi, que tu le veuilles ou non, vivent encore en toi. Quoi qu'il advienne, de toi, de moi, je sais que tu ne pourras jamais m'oublier. Malgré tout, envers et contre tout, tu es, et tu resteras, riche de moi.
Extrait de ' Le voisin ' de Tatiana de Rosnay.




